SCI familiale et immeuble de rapport : le contrat au bon nom, la bonne façon

Une SCI qui détient un immeuble doit signer son contrat multirisque en son nom propre. Récit d'une famille qui l'a appris à ses frais lors d'un dégât des eaux.

Alain Marchand a soixante-huit ans et deux enfants adultes, Julie et Théo. En janvier 2025, la fratrie décide de reprendre en famille l’immeuble de six lots de la rue du Château, à Nantes, que leurs parents louent depuis quarante ans. L’objectif est double : préparer la transmission, mutualiser la gestion. Le notaire recommande la SCI familiale, l’expert-comptable valide, la banque suit. En trois mois, la SCI du Château est immatriculée, les parts réparties, le prêt bancaire mis en place. Alain, désigné gérant, signe l’acte d’achat le 12 avril 2025.

Ce jour-là, sur le bureau du notaire, il pose sa signature sur une pile de documents. Parmi eux, une attestation d’assurance multirisque immeuble. Le contrat existait déjà : Alain l’avait souscrit dix ans plus tôt, à son nom personnel, quand il détenait le bien en direct. Personne n’y prête attention. Le notaire n’en fait pas mention, la banque non plus, l’assureur ne reçoit aucune information sur le changement de propriétaire. Le contrat continue de vivre, cotisation prélevée chaque année sur le compte d’Alain, comme avant.

Le sinistre qui révèle l’erreur

Nous sommes le 18 octobre 2026, dix-huit mois plus tard. Théo reçoit un appel de la locataire du deuxième étage droite : une canalisation de la salle de bain a cédé pendant la nuit, l’eau a traversé le plancher, coulé sur le lot du dessous, endommagé un plafond en placo, deux murs, du parquet stratifié, un canapé. Le locataire du premier appelle l’expert de son assurance habitation, Théo appelle l’assureur de l’immeuble.

Le premier échange est cordial. La déclaration est enregistrée, un expert missionné, la visite prévue sous quinze jours. L’expert passe, mesure, chiffre. Devis de remise en état : 12 800 € entre les parties communes touchées (cage d’escalier, palier du premier étage) et les dommages sur le lot du premier étage. La procédure suit son cours normal.

Trois semaines plus tard, un courrier arrive. Pas un chèque : une lettre. L’assureur écrit qu’après vérification des pièces, il constate un problème de qualité du souscripteur. Le contrat est au nom d’Alain Marchand, personne physique, alors que le propriétaire actuel de l’immeuble est la SCI du Château, personne morale. Le souscripteur n’étant plus propriétaire du bien assuré depuis la vente du 12 avril 2025, la garantie ne peut pas jouer. Refus d’indemnisation.

Alain relit trois fois. Il croyait bien faire en gardant “son” assureur. Il pensait que le contrat suivait le bâtiment. Ce n’est pas le cas.

Ce que dit la règle

Un contrat d’assurance de dommages aux biens couvre une personne, pas un immeuble. Le souscripteur doit avoir un intérêt d’assurance sur le bien, c’est-à-dire subir un préjudice patrimonial en cas de sinistre. Depuis la constitution de la SCI, cet intérêt est passé à la société. Alain, associé et gérant, n’est plus propriétaire au sens juridique. Il ne peut plus prétendre à l’indemnisation d’un bien qui ne lui appartient pas.

Le principe est prévu par l’article L121-6 du Code des assurances : toute personne ayant intérêt à la conservation d’une chose peut la faire assurer, mais le contrat cesse ses effets à l’égard de celui qui perd cet intérêt. La cession de propriété au profit de la SCI, actée devant notaire, a fait tomber la garantie.

La régularisation en urgence

Théo, qui suit un cours de comptabilité, comprend le mécanisme et prend les choses en main. Rendez-vous pris avec un courtier local spécialisé dans les SCI. En trois jours ouvrés, un nouveau contrat est établi au nom de la SCI du Château, avec :

  • souscripteur : SCI du Château, SIREN 908 XXX XXX
  • siège social : chez Alain Marchand, à Nantes
  • représentant : Alain Marchand, gérant
  • bâtiment assuré : immeuble 6 lots, rue du Château, Nantes
  • date d’effet : rétroactive impossible, effet au jour de la signature
  • cotisation annuelle : 2 180 € TTC (contre 1 950 € auparavant)

Pour le sinistre du 18 octobre, il n’y a rien à faire. La perte reste à la charge de la SCI. Les 12 800 € viennent grever la trésorerie de la société, qui devra les répercuter soit par une avance en compte courant d’associé, soit par un appel de fonds proportionnel aux parts. Alain, Julie et Théo se partagent la note à hauteur de leurs quotités. Coût de l’erreur, tout compris : 12 800 € de sinistre, 230 € de surcotisation annuelle liée à la nouvelle tarification, et un stress de trois semaines.

Les quatre points à vérifier après une création de SCI

Ce que Théo retient et qu’il partage désormais avec ses amis qui montent des SCI :

Premier point : le contrat doit être au nom exact de la personne morale. Pas “Alain Marchand pour le compte de la SCI du Château”, pas “SCI du Château représentée par M. Marchand”. La souscription se fait au nom de la société, avec son SIREN, son siège, son gérant. L’assureur émet une attestation à ce nom.

Deuxième point : chaque porteur de parts est couvert. La rédaction standard des contrats multirisque immeuble prévoit que sont assurés la société elle-même ainsi que chacun des associés pour toute action ou omission relative à l’immeuble. Julie, qui n’habite pas Nantes, est couverte au même titre que son père si elle intervient dans la gestion.

Troisième point : le gérant représente la société. C’est lui qui signe, déclare les sinistres, reçoit les indemnités au nom de la SCI. En cas de changement de gérant, une simple lettre à l’assureur suffit à mettre à jour le représentant.

Quatrième point : la multirisque habitation reste nécessaire pour les occupants gratuits. Si un associé occupe un lot sans payer de loyer, la SCI est propriétaire mais lui n’a aucun titre locatif. Il doit souscrire sa propre multirisque habitation pour couvrir sa responsabilité civile personnelle vis-à-vis des voisins. Le contrat de la SCI ne protège pas cette responsabilité individuelle d’occupant.

L’essentiel à retenir

  • Le contrat multirisque immeuble doit être souscrit au nom exact de la SCI, avec son SIREN et son siège social.
  • Un contrat resté au nom personnel d’un associé après création de la SCI n’a plus d’intérêt d’assurance valide et expose à un refus de garantie.
  • La régularisation doit se faire dès la création de la société, pas au premier sinistre.
  • Chaque porteur de parts est couvert pour ses actions relatives à l’immeuble, mais un associé occupant à titre gratuit doit prendre sa MRH personnelle.
  • En cas de vente de l’immeuble par la SCI, prévoir cession ou résiliation du contrat au moins 30 jours avant.
  • Coût moyen d’un sinistre non couvert : plusieurs milliers d’euros. Coût d’une bonne rédaction : quelques minutes de vigilance à la signature.

Questions fréquentes

Faut-il un contrat multirisque immeuble différent quand on passe en SCI ?

Oui. La SCI est une personne morale distincte des associés. Le contrat doit être souscrit au nom exact de la SCI, avec son numéro SIREN, l'adresse du siège social et le nom du gérant représentant. Un contrat resté au nom personnel d'un associé après création de la SCI expose à un refus de garantie en cas de sinistre.

Les porteurs de parts d'une SCI sont-ils couverts par le contrat multirisque immeuble ?

Oui. La rédaction type des contrats prévoit que sont assurés la société elle-même ainsi que chacun des porteurs de parts pour leurs actions ou omissions relatives à l'immeuble. En revanche, un associé qui occupe un lot à titre gratuit doit souscrire sa propre multirisque habitation pour sa responsabilité personnelle vis-à-vis des voisins.

Que devient le contrat multirisque immeuble si la SCI vend le bâtiment ?

Deux options. Soit cession du contrat au nouveau propriétaire avec accord écrit de l'assureur, ce qui évite la période de latence entre deux polices. Soit résiliation à la date de vente avec remboursement au prorata de la cotisation. Dans les deux cas, prévenir l'assureur au moins 30 jours avant la signature.

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