Incendie dans un immeuble : la marche à suivre heure par heure pendant 48 heures

Un incendie dans une copropriété impose des gestes précis dans les premières heures. Voici la checklist opérationnelle pour ne rien manquer entre H+0 et H+48.

Un incendie dans un immeuble collectif est l’un des sinistres les plus lourds à gérer pour un syndic. Il combine urgence humaine, complexité technique, pression médiatique dans les grandes villes et enjeux financiers considérables. Les premières quarante-huit heures conditionnent souvent la qualité du dossier d’indemnisation, la rapidité de la reprise et la sécurité juridique des décisions prises dans la précipitation. Cette checklist détaille, heure par heure, les gestes à effectuer et ceux à éviter.

H+0 à H+3 : la phase d’urgence absolue

Les premières minutes appartiennent à la sécurité des personnes. Le premier réflexe est d’appeler le 18 depuis un poste fixe, le 112 depuis un mobile ou le 114 en cas de handicap auditif. Rester calme, indiquer clairement l’adresse complète, le nombre d’étages touchés, la présence supposée de personnes à l’intérieur, la nature des lieux (habitation, commerce en rez-de-chaussée, parking souterrain).

L’évacuation suit un principe simple : ne jamais utiliser l’ascenseur, se diriger vers l’escalier le plus proche non enfumé, fermer les portes sans les verrouiller pour ralentir la propagation, se signaler aux pompiers sur le point de regroupement.

Un occupant piégé dans son logement par la fumée doit se calfeutrer, colmater les interstices de la porte palière avec des linges mouillés, se signaler à la fenêtre. La règle apprise par tous les pompiers vaut ici : la fumée tue plus vite que le feu.

Une fois les secours sur place, le rôle du syndic ou du membre du conseil syndical présent change. Il devient l’interlocuteur privilégié du chef d’engin, transmet les informations sur la configuration de l’immeuble (plan des étages, présence de gaines techniques, localisation de la chaufferie, coupure générale gaz et électricité), et récupère le maximum d’éléments utiles pour la suite : nom du chef d’engin, numéro de centre de secours, heure exacte du signalement.

H+3 à H+24 : le constat et la sécurisation

Une fois le feu maîtrisé, les pompiers dressent un premier constat sur place. Ce document initial, appelé rapport de sortie de secours, mentionne l’origine présumée, l’étendue des dommages visibles, le nombre de personnes secourues et les mesures d’urgence prises. Il est essentiel de demander au chef d’engin une copie ou au moins les références de l’intervention avant son départ.

La sécurisation immédiate est la deuxième priorité. Un immeuble partiellement brûlé peut présenter des risques d’effondrement, de retour de flamme, d’intoxication au monoxyde de carbone, de coupure électrique dangereuse. Les mesures à prendre :

Faire venir un serrurier pour condamner les accès aux zones sinistrées et éviter les intrusions ou les accidents. Beaucoup de contrats multirisque immeuble prévoient le remboursement de ces frais de sauvegarde jusqu’à quelques milliers d’euros.

Contacter un couvreur ou une entreprise de bâchage si la toiture est touchée. Une nuit de pluie sur des combles éventrés multiplie par trois ou quatre le coût final de la remise en état.

Faire couper les fluides (gaz, électricité, eau) sur les circuits touchés, en coordination avec les concessionnaires. Enedis et GRDF interviennent gratuitement en situation d’urgence sur simple appel de la police ou des pompiers.

En parallèle, le syndic doit prévenir l’assureur multirisque immeuble par téléphone dès le premier jour ouvré. Cet appel n’a pas de valeur juridique de déclaration mais il ouvre le dossier, déclenche la désignation d’un expert et permet de recevoir dès le lendemain un accusé de réception écrit avec le numéro de sinistre. Ce numéro doit figurer sur toutes les correspondances ultérieures.

Le contact avec les occupants sinistrés relève également de cette phase. Le syndic recense les personnes délogées, oriente vers la mairie ou la préfecture pour un hébergement d’urgence (les grandes villes disposent de dispositifs d’accueil de nuit), collecte les coordonnées à jour pour les convocations d’expertise à venir.

H+24 à H+48 : la déclaration formelle et l’expertise

La déclaration formelle à l’assureur doit être adressée par lettre recommandée avec accusé de réception ou via l’espace client sécurisé de l’assureur. Le délai légal de l’article L113-2 du code des assurances est de cinq jours ouvrés pour un incendie, mais il est vivement recommandé de tenir un délai de deux à trois jours pour ne pas laisser prescrire des indices de preuve.

La déclaration comprend :

  • l’identification du contrat (numéro de police, souscripteur, adresse assurée),
  • la date, l’heure et le lieu précis du sinistre,
  • les circonstances connues à ce stade,
  • la nature et l’ampleur estimée des dommages,
  • l’identification des tiers susceptibles d’être impliqués (locataires, entreprises intervenant sur site),
  • la liste des mesures conservatoires déjà prises,
  • les coordonnées d’un référent unique côté copropriété.

L’assureur désigne un expert dans les vingt-quatre à quarante-huit heures. La première visite se fait généralement sous trois à cinq jours. Il est capital que le syndic soit présent lors de cette visite, accompagné idéalement d’un membre du conseil syndical connaissant bien le bâtiment.

Avant l’arrivée de l’expert, plusieurs actions préparent le dossier :

Prendre un maximum de photographies datées de chaque zone sinistrée, sous plusieurs angles, avec un objet d’échelle si possible. Une photo prise à J+2 n’a pas la même valeur qu’une photo prise à J+15 après passage des équipes de nettoyage.

Dresser un premier inventaire des biens communs endommagés : ascenseur, boîtes aux lettres, chaudière, tableau électrique, revêtements, portes palières, escalier. Pour chaque poste, noter la date d’installation ou de dernière rénovation.

Rassembler les documents utiles : contrat multirisque immeuble complet (conditions générales et particulières), procès-verbaux des trois dernières assemblées générales, dernier rapport d’entretien des équipements collectifs, contrats de maintenance ascenseur et chaufferie, plan cadastral, plans d’étage si disponibles.

Contacter le syndic si ce dernier n’est pas déjà mobilisé, ce qui reste possible dans les copropriétés à syndic bénévole ou en dehors des heures ouvrées. Le syndic est le représentant légal du syndicat des copropriétaires et sa présence à l’expertise est indispensable pour engager la copropriété.

La distinction parties communes et parties privatives

Un incendie dans un immeuble collectif fait presque toujours intervenir plusieurs assurances en parallèle. La règle de partage est simple à énoncer, plus délicate à appliquer.

Les parties communes relèvent de la multirisque immeuble du syndicat. Cela couvre la structure du bâtiment (murs porteurs, planchers, toiture, façade), les équipements collectifs (chaufferie, ascenseur, tableau électrique commun, colonnes montantes d’eau et de gaz, VMC collective), les circulations (hall d’entrée, escaliers, paliers, couloirs), les locaux techniques (local vélos, local poubelles, cave commune) et les aménagements extérieurs (cour, mur de clôture, portail).

Les parties privatives relèvent de l’assurance de chaque copropriétaire (multirisque habitation s’il occupe, PNO s’il loue) ou du locataire (multirisque habitation locataire). Cela couvre l’intérieur de chaque lot : cloisons non porteuses, revêtements de sol et de mur, cuisine équipée, mobilier, biens personnels.

En cas de sinistre traversant plusieurs lots et parties communes, chaque assureur mandate son expert et une expertise contradictoire est organisée. Les assureurs se répartissent ensuite les prises en charge selon le protocole de la convention IRSI (Indemnisation et Recours des Sinistres Immeubles), qui simplifie la gestion pour les sinistres inférieurs à 5000 euros par lot, et selon les règles de droit commun au-delà.

La garantie effondrement en cas d’atteinte structurelle

Un incendie majeur peut fragiliser la structure porteuse du bâtiment au point de justifier une reconstruction totale ou partielle. La garantie effondrement de bâtiment, présente dans la plupart des contrats multirisque immeuble haut de gamme, intervient alors en complément de la garantie incendie classique.

Elle couvre les dommages résultant de la ruine totale ou partielle des fondations, murs porteurs, planchers et toiture, ainsi que les frais de démolition et de déblais, souvent chiffrés en dizaines de milliers d’euros. Le plafond typique de cette garantie se situe entre deux et trois millions d’euros par sinistre.

Le déclenchement se fait sur constat d’un ingénieur structure indépendant, mandaté conjointement par l’expert de l’assureur et le syndic. Si un péril imminent est déclaré par les pompiers ou la mairie, la procédure de reconstruction peut basculer sous un régime administratif spécifique avec évacuation obligatoire et travaux d’office.

L’essentiel à retenir

  • H+0 : appel au 18 ou 112, évacuation sans utiliser l’ascenseur, calfeutrement en cas d’impossibilité d’évacuer.
  • H+3 : récupération du rapport de sortie de secours auprès du chef d’engin, identification du numéro d’intervention.
  • H+24 : sécurisation (serrurier, bâchage, coupure des fluides), premier appel téléphonique à l’assureur, prise en charge des occupants délogés.
  • H+48 : déclaration formelle à l’assureur par recommandé, préparation du dossier d’expertise, photographies datées, inventaire des biens communs.
  • Le rapport détaillé des pompiers se demande à la caserne, il est délivré en quinze à trente jours.
  • Le partage parties communes / parties privatives détermine quelle assurance intervient, avec expertise contradictoire en cas de sinistre traversant plusieurs lots.
  • La garantie effondrement de bâtiment peut être déclenchée si la structure est fragilisée, avec plafond typique de deux à trois millions d’euros.

Questions fréquentes

Quel est le délai légal pour déclarer un incendie à l'assureur ?

L'article L113-2 du code des assurances impose au souscripteur de déclarer tout sinistre dans le délai fixé par le contrat, qui ne peut être inférieur à cinq jours ouvrés. Pour un incendie, ce délai court à compter du moment où le sinistre a été porté à la connaissance du syndic. Il est fortement recommandé de prévenir l'assureur dès le premier jour, même si la déclaration formelle est complétée plus tard, pour ouvrir immédiatement le dossier d'expertise.

Comment obtenir le rapport des pompiers après un incendie ?

Le rapport de sortie de secours ou le rapport d'intervention détaillé se demande à la caserne dont dépend l'immeuble. Le syndic ou le président du conseil syndical adresse une demande écrite au chef de centre, en précisant la date, l'heure et l'adresse de l'intervention. Le document est délivré sous quinze jours à trente jours en moyenne, gratuitement pour les sinistrés directement concernés.

Un locataire dont l'appartement a brûlé peut-il se retourner contre la copropriété ?

Uniquement si l'origine de l'incendie se situe dans les parties communes ou dans un équipement collectif défectueux (chaufferie, colonne électrique, gaine technique). Si le feu est parti d'un lot privatif, la responsabilité relève du copropriétaire concerné et de son assurance PNO, ou du locataire et de son assurance habitation. Le rapport des pompiers est déterminant pour établir l'origine.

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